Mathias, mon frère,

Je t'écris de Babylone la grande et si tu reçois cette lettre, cela voudra dire que les marchands en partance pour l'Occident ont tenu leur parole.
Le voyage fut long et pénible, j'ai survécu grâce à la charité des hommes que Dieu a mis sur ma route. J'ai aussi croisé les longues phalanges des armées partant au combat; durant mon périple, j'ai vu le meilleur comme le pire.
Même si ta dernière lettre ne m'a pas persuadé de réintégrer la communauté, ta critique a ébranlé mes certitudes. J'ai passé des journées à marcher sous le soleil perdu dans le questionnement de mes pensées, et une fois encore les visions m'ont transporté aux confins de la folie.
C'est à bout de force que je suis entré dans la vallée de Shinéar, à la tombée du jour, je vis la muraille bleue de Babylone et sa grande tour. Exténué, je m'écroulai au sol, face vers le ciel et je contemplai la voûte céleste s'illuminer de milliers d'étoiles. Je sentis alors mes forces me quitter et mon âme s'extraire de mon corps pour se répandre dans la vallée, dans la grande cité et dans le ciel rempli d'astres. En cet instant, j'aurais pu rendre le souffle sans la moindre angoisse tellement le sentiment d'apaisement était immense. Mais plut à Dieu d'en décider autrement. Un groupe de marchands me porta secours alors que j'étais inconscient et me permis de survivre.

Cette expérience m'a profondément troublé, jamais auparavant mon âme n'avait atteint une telle hauteur. Détaché de son enveloppe charnelle, mon esprit  s'est élevé dans les nuées parmi le chant des anges. C'était bien là le but et la fin de mon long voyage, toutes ces épreuves étaient le sentier qui m'a permis d'entrevoir toute la plénitude et les béatitudes du royaume des cieux.    

A présent je vis à Babylone et pour quelques pièces je fais office d'écrivain public. Sous cette nouvelle lueur qui éclaire ma conscience, j'ai trouvé la paix de l'âme. Donne le salut à mes frères et soeurs de la communauté et dis leurs que je suis guéri.
Adieu mon frère.

Azakim